Asides

CYCLE / VIOLENCE POLITIQUE

(attention… texte en cours de travail, suggestions bienvenues…. merci)

Face à ceux qui ont le monopole de la violence légale et légitime, nous sommes souvent désarmés, sans défense ou indéfendables. La question n’est pourtant pas d’être ou de ne pas être violent, mais d’être offensif ou inoffensif. On ne commence à lutter vraiment que lorsqu’on cesse d’être inoffensif. En Europe de l’Ouest, la « question de la violence » est généralement une diversion. À l’instar du terme « terroriste », c’est un adjectif utilisé selon des intérêts politiques spécifiques. La question centrale est plutôt celle du discours majoritaire sur la violence et de l’opération politique que cache souvent l’usage du terme, en permettant de construire un acte comme violent ou non selon les intérêts. Ainsi bombarder la Lybie ou la Syrie, en tuant des gens de toutes sortes, a pu être considéré comme une action quasi « humanitaire », tandis que casser quelques vitrines de banques ou du mobilier urbain est considéré comme violent. Dans ces discours dominants, on ne parle jamais de la violence institutionnelle, économique, symbolique, raciste, machiste, sociale, policière, administrative, judiciaire… à laquelle la violence politique ou dite « criminelle » répond le plus souvent, s’associant plutôt à des pratiques d’auto-défense.

Juger de ce qui est violent ou pas dépend de comment les actes incriminés sont construits et perçus.

Tant que nous continuons à en parler, notamment en terme moraux ou idéologiques, nous n’affrontons pas les problèmes stratégiques posés, entre autres, par les manifestations. Dans ces dernières, et pour peu que l’on en espère une évolution des rapports de force, l’un des enjeux y est de briser les dispositifs (policiers) de maintien de l’ordre des choses. Mais c’est également une question stratégique cruciale d’apparaître violent ou pas selon les situations.

Il peut paraître paradoxal de lancer un cycle sur la violence politique alors que nous considérons la « question de la violence » comme une question qui empêche de se poser les bonnes questions. Ce qui se trame autour de ce terme-là pousse à se justifier, à s’expliquer en se définissant comme non-violent, à refuser des complicités et des alliances, se dissocier, dénoncer sur la base du chantage à être du bon côté…

L’idée est donc de fabriquer quelques ressources pour saper la charge morale du terme et l’opération de neutralisation qu’il sert. Notamment en allant voir du côté de contrées où le rapport à la violence ne se pose pas de la même manière qu’ici.

 

Quelques notes sur la spécificité des violences policières dans le contexte belge

En mai 2018, une petite fille de 2 ans était tuée d’une balle dans la tête par un policier près de Mons lors d’une course-poursuite, 20 ans après le meurtre de Sémira Adamu (demandeuse d’asile nigériane de 20 ans qui a été étouffée avec un coussin par les policiers qui l’escortaient dans l’avion lors de son expulsion). Le policier en question savait que la camionnette était remplie de personnes qui n’avaient pas de papiers en règle, et qu’il y avait des enfants à l’intérieur. Il justifie son acte en disant qu’il visait le pneu du camion lancé à grande vitesse sur l’autoroute, mais que le coup a été dévié par une embardée. Le tir qu’il comptait faire aurait probablement tué la plupart des personnes présentes dans la camionnette dans l’accident qui aurait suivi.

Un an plus tôt, Sabrina et Wassim, poursuivis pour excès de vitesse sur leur moto près de l’avenue Louise, ont été fauché par une voiture de police qui s’est mise en travers de leur route à la sortie du tunnel, provoquant un accident mortel, l’un tué sur le coup, l’autre morte dans l’ambulance quelques temps après. Les meurtres policiers ou, disons, les « décès suite à des violences policières » ne sont pas rares, nous n’entendons parler que de ceux pour lesquels les proches des victimes ont décidé de porter plainte ou de se manifester publiquement.

À Charleroi, le 15 septembre 2014, Youssef Tariki, l’un des nombreux « suicidés » en garde à vue, se serait pendu avec ses chaussettes, tandis que Dieumerci Kanda, mort quelques mois plus tard dans un cachot du commissariat d’Anderlecht, l’aurait fait avec son t-shirt.

Souleymane J. Archich avait 14 ans quant à lui, lorsqu’il est mort écrasé par une rame de métro à Molenbeek suite à un contrôle de police. La minute fatidique où il s’est « retrouvé » sur les voies est la seule partie de la bande vidéo des caméras de surveillance endommagée par un « problème technique » ; elle n’est donc pas utilisable pour le procès.

C’est également les 12 minutes de vidéo « problématiques » qui ont disparu des caméras du commissariat de Molenbeek où Moad a été tabassé le 11 janvier 2013, à l’âge de 14 ans.

Il faudrait encore de nombreuses pages pour aborder tous les faits connus de tabassage ou de violences policières quotidiennes et de tortures blanches en prison vécues par les Noirs, les Arabes ou les personnes migrantes racisées ; qu’elles aient fait ou non l’objet de poursuites.

Chacun de ces drames, sans parler des nouvelles lois et mesures qui les suscitent et les légitiment, nous laisse souvent avec ce mélange d’écœurement, de colère et d’évidence : « cette fois, un seuil est franchi, ce n’est plus possible, il va se passer quelque-chose, il faut qu’il se passe quelque-chose ». Comme la mort de Mawda, qui semblait être, après les rafles, la criminalisation et l’expulsion des migrants sans-papiers, la ligne rouge qui allait faire chuter ce gouvernement et permettre un retournement de la situation.

Or la tactique qui mène aux habituels acquittements des policiers et blanchiment des responsables politiques reste immuable et étrangement efficace malgré les degrés d’horreur qui ne semblent plus cesser de grimper : on utilise les habituelles charges de rébellion et d’outrage qui auraient été commis par les personnes en cause, ou le discours sur la difficulté d’assurer la sécurité de tous sans quelques regrettables dommages collatéraux liés à la « gestion des populations à risque ». Un racisme profondément ancré dans les pratiques institutionnelles offre l’impunité aux responsables de ces violences. De même que la longue et méthodique construction des minorités et récalcitrants comme des profils à risque pour « la société », leur permet de s’en sortir avec une manifestation ou quelques indignations publiques d’emblée disqualifiées et laissant peu de traces à grande échelle. Un permis de tuer se joue dans ce recours systématique aux arguments de la légitime défense et de la sécurité.

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BIBLIOGRAPHIE CONSULTABLE SUR PLACE – Luttes décoloniales

Une sélection de livres est mise à disposition au Steki à l’occasion de la semaine sur les luttes décoloniales de février 2019 et dans le cadre du cycle éponyme. Elle restera consultable sur place tout au long de l’année à venir et sera complétée progressivement. Tous les jeudi à partir de 17h et les jours d’ouverture repris dans la programmation du lieu:
 
– Peau noire, masques blancs, de Frantz Fanon
– Les damnés de la terre, de Frantz Fanon
– Cahier d’un retour au pays natal, de Aimé Césaire
– Discours sur le colonialisme, de Aimé Césaire
– Dans l’ombre de l’occident, de Edward W. Saïd
– L’orientalisme, de Edward W. Saïd
– La contre-révolution coloniale en France, de Sadri Khiari
– Les Blancs, les Juifs et nous, de Houria Bouteldja
– La dignité ou la mort, éthique et politique de la race, de Norman Ajari
– Africa Unite, de Amzat Boukari-Yabara
– L’Afrique noire précoloniale, de Cheikh Anta Diop
– Histoire des révoltes panafricaines, de C.L.R. James
– Manuel stratégique de l’Afrique, de Saïd Bouamama
– Critique de la raison nègre, de Achille Mbembe
– Cartographie de l’amour décolonial, de Leanne B. Simpson
– Danser sur le dos de notre tortue, de Leanne B. Simpson
– Peau rouge, masques blancs, contre la politique de la reconnaissance, de Glen S. Coulthard
– Décolonisons les arts !, par Leïla Cukierman, Gerty Dambury et Françoise Vergès
– Créer en Post-colonie, 2010-2015 Voix et dissidences belgo-congolaises, sous la direction de Sarah Demart et Gia Abrassart
– Un féminisme décolonial, de Françoise Vergès
– Féminismes islamiques, de Zahra Ali
– Le pouvoir noir, textes de Malcom X
– Autobiographie, de Angela Davis
– I’m not your negro, de James Baldwin & Raoul Peck
– L’empreinte a Crusoé, de Patrick Chamoiseau
– Tout-monde, de Édouard Glissant
– Ali Aarrass pour l’exemple, de Nicolas Ingargiola et Abdellah Boudami

[SDS] TRACES AUDIO > Aperçu de luttes décoloniales

LUTTES DÉCOLONIALES – Un aperçu introductif

 

Sur cette page, nous mettrons progressivement en ligne les traces audio de la semaine en format mp3. L’écoute totale représente 14h d’enregistrement. C’est pourquoi toutes les interventions et les discussions seront retranscrites et un comité éditorial sélectionnera les extraits les plus significatifs par rapport à l’intitulé et les perspectives de la semaine. L’essentiel du contenu sera ainsi repris dans une publication papier qui sortira d’ici la fin de l’année.

 

Les luttes décoloniales contemporaines s’organisent pour combattre divers aspects de la colonialité, c’est-à-dire de l’entreprise coloniale telle quelle perdure aujourd’hui à travers, entre autres, l’occultation de l’histoire coloniale, le racisme structurel et les violences qui en découlent (policières, administratives, judiciaires, symboliques, culturelles), l’impérialisme et l’occupation de la Palestine.

Les situations, les préoccupations, les stratégies diffèrent beaucoup d’une région du monde à l’autre, et d’un combat à l’autre. Pour autant les pensées des situations produites par celles et ceux qui les vivent, s’inspirent mutuellement et construisent des filiations et références communes. Si ce n’est par les premiers concernés, ces ressources sont peu explorées en Europe, alors qu’elles sont un lieu privilégié de remise en question de la Modernité, donc d’une certaine tradition philosophique européenne, matrice à bien des égards du désastre actuel.

Les mouvements décoloniaux ont gagné en force ces vingt dernières années. Leurs grilles d’analyses et leurs champs lexicaux se répandent au-delà des groupes militants et se font entendre des universités aux plateaux télé. Ainsi, le signifiant « décolonial » est devenu un concept à la mode, repris de façon parfois inconsidérée, notamment par des institutions culturelles qui ont tendance à en détourner la charge politique.

Entendre des récits de luttes concrètes très diverses, resituées dans leur contexte historique, nous permettra peut-être de saisir un peu mieux ce que recouvre le terme et quels en sont les enjeux. C’est pourquoi nous avons invité des militants et chercheurs à venir nous en parler.

Cette rencontre s’inscrit dans une démarche, au sein du Steki, de réflexion et de confrontation avec des questions qui insistent, qu’elles se posent à nous au travers d’actions ou de rencontres, organisées par de nombreux collectifs bruxellois :

Comment ce mouvement fait bouger les lignes, inquiète, dérange, force à repenser, se conjugue à d’autres combats pour y trouver tantôt des complicités et des alliances, tantôt de farouches adversaires. Comment il gagne en force et en autonomie, et échappe ici comme en France à la tutelle historique de l’anti-racisme blanc. L’une des intentions est de dresser un aperçu général qui nous permette de baliser des pistes de recherche et d’élaboration.

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Du 22 au 28 février 2019, Au Steki, à la Maison du Livre, au Space, et à la vieille Chéchette.

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VENDREDI 22 FÉVRIER

19h – Projection et interventions au Space (rue de la Clé 26, 1000 Bruxelles)

PALIMPSEST OF THE AFRICA MUSEUM – Matthias De Groof & Mona Mpembele, Docu-fiction – 60’

Après plus de 100 ans d’existence, le plus grand musée colonial au monde symbole d’arrogance vis-à-vis du non-occident, fait peau neuve : une ossature coloniale, mobilisée par une musculature scientifique, tente de muer son apparence au monde. L’institution convoque les experts de ses différents organes et accepte de se concerter avec des délégués d’associations africaines au sein du structure créée à cet effet : le COMRAF. Celle-ci participe au diagnostic et tente d’immuniser le corps muséal pour un nouveau siècle d’histoire. Mais qu’est-ce qui obscurcit une décolonisation totale du musée ?

Avec Anne Wetsi Mpoma – à propos du musée de Tervuren et de l’implication des diasporas africaines dans sa rénovation. Lili Angelou assure la modération

Questions à l’intervenante et discussion :

 

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SAMEDI 23 FEVRIER

14h > 18h – Plénière à la Maison du Livre (rue de Rome 28, 1060 Bruxelles)

Introduction à la semaine

Guillermo Klozlowski – Histoire coloniale et naissance de la Modernité en Amérique latine

Luis Martinez Andrade – Luttes décoloniales contemporaines d’Amérique latine

Ana Valenzuela-Zapata Femmes migrantes Latinas en Europe et le Manifesto SIEMPRE

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DIMANCHE 24 FEVRIER

11h – Plénière à la Maison du Livre

Amzat Boukari – Sur le panafricanisme (à confirmer)

14h > 18h – Plénière à la Maison du Livre

Françoise Vergès – À propos du féminisme décolonial. (annulé)

Nadia Fadil Convergences decoloniales autour de la question de l’islam en Europe.

Yvoire De Rosen (du collectif Mwananke) – Luttes afroféministes et filiations théoriques et critiques.

Bruxelles Panthères – Luttes décoloniales en Europe, particulièrement la France et la Belgique.

Gabriela Blanco – À propos de la situation au Venezuela.

Le texte lu ce jour-là sera bientôt uploadé en format pdf.

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LUNDI 25 FEVRIER

19h – Projection à la Vieille Chéchette (Rue du Monténégro 2-6, 1060 Bruxelles)

Reel Injun, de Neil Diamond et Catherine Bainbridge, 2009, documentaire, 1h25

« L’histoire, en road-movie, de la représentation des natifs nord-américains dans le cinéma hollywoodien, jusqu’au moment où ils passent derrière la caméra pour réaliser leurs propres films. Tout part d’un souvenir de Diamond qui a grandit dans la réserve de Waskaganish au Québec : lorsqu’ils jouaient aux cow-boys et aux indiens, tous les enfants voulaient être les cow-boys. »

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MARDI 26 FEVRIER

19h – Conférence et discussion au Steki (Rue Defnet n°4-6, 1060 Bruxelles)

Saïd Bouamama – Les luttes décoloniales africaines aujourd’hui.

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MERCREDI 27 FEVRIER

14h > 16h – Atelier pour enfants à partir de 6 ans au Steki + goûter

Selma Benkhelifa – Atelier basé sur une bibliographie d’albums jeunesse et reprenant dans les grandes lignes l’histoire des civilisations humaines et de la colonisation de la préhistoire au XXe siècle, depuis un point de vue décolonial.

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JEUDI 28 FEVRIER

20h – Repas et soirée de clôture en musique.

 

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NOVEMBRE 2018 AU STEKI

NOVEMBRE 2018

En novembre on continue le « Tour de chauffe décolonial » avec une émission radio « Des singes en Hiver » et une soirée sur l’anti-racisme politique; puis les permanences aux couleurs de l’auto-défense (numérique ou administrative) et la cantine sont de retour. Le 7/11 à 7h45, certaines d’entre nous seront devant le Palais de Justice de Bruxelles pour le dit « procès de la solidarité« .

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Jeu 01/11 > 19h-21h > [ADN] Permanence Café sur le clavier.

> Une présence est assurée concernant les questions actuelles sur le numérique, sécurité et surveillance en informatique, pratiques des uns et des autres. Par exemple, sortir de Windows, ou naviguer anonymement. Avec ou sans machine.
Viens aussi si tu veux juste savoir c’est quoi un bon mot de passe, etc’.

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Jeu 08/11 > 18h-19h > Invitation (cycle « Tour de chauffe décolonial« ) > L’émission radio « Des Singes en Hiver » s’invite au Steki et en direct sur les ondes de Radio Panik. Au programme: discussion sur la conquête du désert et le pillage colonial comme héritages de la colonisation, avec Véronique Clette Gakuba, Guillermo Kozlowski, et vous, si vous passez au Steki ce soir là, entre 18h et 19h.

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Jeu. 15/11 > 17h-21h > [ADA] Permanence d’auto-défense administrative.

> Les bases de la comptabilité pour asbl.

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Dim. ??/11 > 12h-15h > Repas sauce mafé.

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Jeu. 22/11 > 19h-21h > [ADN] Permanence Café sur le clavier.

> Une présence est assurée concernant les questions actuelles sur le numérique, sécurité et surveillance en informatique, etc…

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Sam. 24/11 > 19h > Invitation (cycle « Tour de chauffe décolonial« ) > Qu’est-ce que l’anti-racisme politique?

> Présentation de l’anti-racisme politique par Khadija Senhadji et divers collectifs bruxellois, tels que Bruxelles Panthères et la N.V.A. (Nouvelle Voie Anti-coloniale) qui aborderont les différentes stratégies, perspectives et pratiques qui le traversent.

CYCLE / « LUTTES DÉCOLONIALES »

CYCLE / « LUTTES DÉCOLONIALES »

Voilà des années que le mouvement décolonial croît, se densifie, s’organise de plus en plus à l’échelle internationale, surgit régulièrement sur les places et dans les rues des métropoles occidentales, et impose ses grilles d’analyses et son champ lexical des universités aux plateaux télé.

Racisme structurel, occultation de l’histoire coloniale, occupation de la Palestine, islamophobie, violences policières et impérialisme sont quelques-uns des aspects de la colonialité, c’est-à-dire de l’entreprise coloniale tel qu’elle perdure aujourd’hui, contre lesquelles les luttes décoloniales s’organisent.

Les situations, les préoccupations, les stratégies diffèrent beaucoup d’une région du monde à l’autre, et d’un combat à l’autre. Pour autant les pensées des situations, en situation, s’inspirent mutuellement et construisent des filiations et références communes que nous voulons explorer.

Le contexte est à la crispation et la brutalité. Montée générale des extrêmes-droites. Normalisation des rafles, emprisonnements et assassinats policiers d’enfants, de femmes et d’hommes venus du sud ou d’orient sans papiers en règles. Harcèlement des musulmans. Radicalisation du racisme d’État. Procès contre des migrants et des personnes qui les hébergent ou leur témoignent une solidarité concrète. Etc. Ce constat se rappelle à nous chaque jour par de nouvelles lois, des meurtres, des opérations médiatiques et policières, des inculpations.

Le mouvement décolonial constitue aussi un lieu de remise en question de la Modernité et de ses fondements: le rationalisme, l’universalisme et la suprématie blanche, le règne de l’économie sur toute chose et toute vie, et la social-démocratie qui tend à absorber ce qui s’oppose, et à neutraliser ce qui tente de vivre autre chose que ce continuum de dépossession et d’absurdité qu’elle a réussi à imposer et faire incorporer à la plupart de ses sujets.

Au travers de ce cycle sur les luttes décoloniales et de ceux qui suivront, nous voulons lancer un processus d’apprentissage et de réflexion, ponctué de rencontres, de projections, d’arpentages de livres, d’ateliers, avec des moments de condensation comme les semaines thématiques du Steki. Ce premier cycle se conclura en février 2019 par l’invitation de chercheurs militants qui nous donneront un aperçu des spécificités de luttes décoloniales dans différentes régions du monde. Cela nous permettra dans un second temps d’aborder les questions des complicités, de la solidarité et des alliances, en comprenant un peu mieux de quoi il retourne.

 

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OCTOBRE 2018 AU STEKI

OCTOBRE 2018

En octobre, on lance le « Tour de Chauffe Décolonial » avec notamment un arpentage des « Damnés de la Terre » de Franz Fanon, on continue Sciences Frictions et le cycle sur la justice (« Pourquoi faudrait-il punir? »), on accueille l’Antémonde et enfin Selim Nadi, premier invité de Bruxelles Panthères au Steki.

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Mer. 03/10 > 17h-20h > Sciences frictions n°1

> Discussion ouverte sur l’état des recherches, académiques ou non, dans les différents domaines dits «scientifiques», là où «ça nous concerne», et leurs impacts sur le monde; cartographie des pensées-pratiques complices et adverses – connivence et sabotage; étude et auto-formation, recherche pirate, exploration partisane.

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Jeu. 11/10 à 19h > Invitation (cycle « Pourquoi faudrait-il punir?« ) >
Luk Vervaet, auteur de « Guantanamo chez nous? » Editions Antidote.

> Luk Vervaet viendra réfléchir avec nous sur la manière dont la lutte contre le terrorisme transforme le cadre et les pratiques de la Justice et des prisons belges, à partir notamment de la trajectoire emblématique de Nizar Trabelsi, et de l’usage de la figure du « monstre » incarnée aujourd’hui par « le terroriste ».

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Jeu. 18/10 à 19h > Projection (cycle « tour de chauffe décolonial« ) >
Jean Genet – Entretien avec Betrand Poirot-Delpech (1982, 50″)

> (Précédé d’un court film surprise de 3″.) « Jean Genet, pressé par la maladie, accepte de compléter son « testament audiovisuel » par cet entretien et y aborde des sujets divers, comme la politique ou le rapport qu’il entretenait avec la langue française. À sa demande, ces images ne seront rendues publiques qu’après sa mort. »

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Dim. 21/10 – 14h30-18h30 > Arpentage (cycle « tour de chauffe décolonial« ) > Atelier de lecture collective sur « Les damnés de la Terre » de Franz Fanon (1961).

> Méthode de l’arpentage: 30′ d’introduction, 1h de lecture personnelle d’une partie du livre (1/12ième), 2h de débat (partages, questions, échanges), 30′ de pause (auberge espagnole pour le goûter). Maximum 10 participants. Inscription (et confirmation) par mail via l’adresse du Steki.

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Mar. 23/10 – 19h-22h30 > Labo-fiction de l’Antémonde

> « L’atelier de l’Antémonde est un atelier d’imagination dans l’univers du livre Bâtir aussi pour vivre un moment collectif d’expérimentation. Un moment pour prolonger ensemble cette utopie ambiguë et réfléchir comment, des dynamos aux rites funéraires, des lave-linge aux assemblées, nous pourrions construire des mondes sans dominations. » 19h: auberge espagnole / 20h: labo-fiction.

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Lun. 29/10 à 19h > Invitation (cycle « tour de chauffe décolonial« ) >
Bruxelles Panthères invite Selim Nadi.

> Selim Nadi a écrit la préface du livre « Histoire des révoltes panafricaines » de C.L.R. James qui vient d’être traduit pour la première fois en français. Ce petit livre de C. L. R. James propose une histoire mondiale de la résistance des Noirs, de Saint-Domingue aux colonies africaines, en passant par les États-Unis et d’autres îles des Antilles. Révoltes d’esclaves, émeutes, grèves, mouvements millénaristes ou antiracistes : rompant avec le cliché de populations subissant passivement leur exploitation, James souligne la diversité des rébellions, leur constance et leur place centrale dans le monde moderne.

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SEPTEMBRE 2018 AU STEKI

SEPTEMBRE 2018

Ce mois-ci, le 6, s’ouvre le procès de onze personnes, la plupart ayant subi la détention préventive, inculpées pour trafic d’être humain après avoir aidé ou hébergé des personnes dites sans papiers à Bruxelles.

Ce mois-ci, le gouvernement inaugure une nouvelle prison pour familles étrangères avec leurs enfants.

Et ce mois-ci, dans un contexte de radicalisation violente des politiques migratoires, nous commémorons les 20 ans de la mort de Semira Adamu.

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Sémira était une jeune nigériane de 20 ans qui cherchait refuge à Bruxelles où elle a été incarcérée en centre fermé puis étouffée avec un coussin par des policiers belges, tandis qu’elle tentait de résister à une énième expulsion forcée à l’aéroport de Zaventem. Un grand mouvement d’indignation et de mobilisation provoqua l’inculpation des policiers et la démission du ministre de l’Intérieur de l’époque.

Une vaste programmation est organisée à cette occasion dans de nombreux lieux de Bruxelles tout au long du mois. Le Steki y participe. Tout est repris sur le site de la Coordination Sémira Adamu.

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– Mer. 05 / 17h-20h > Sciences frictions > Discussion ouverte sur l’état des recherches, académiques ou non, dans les différents domaines dits «scientifiques», là où «ça nous concerne», et leurs impacts sur le monde; cartographie des pensées-pratiques complices et adverses – connivence et sabotage; étude et auto-formation, recherche pirate, exploration partisane.

– Jeu. 13 / 19h > Projection (cycle « Pourquoi faudrait-il punir? ») > Ne me libérez pas je m’en charge, de Fabienne Godet, 2009. Documentaire en forme de voyage initiatique. « Ancien braqueur fiché au grand banditisme, Michel Vaujour a toujours préféré la fuite à la prison, l’aventure à la soumission, la liberté à la loi. En l’espace de 30 ans, il aura passé 27 ans en prison – dont 17 en cellule d’isolement – et sera parvenu à s’en échapper à cinq reprises avant d’obtenir une libération conditionnelle en 2003. Avec le temps, cette fuite en avant est devenue une ascension intérieure, une esquisse de philosophie où il lui a fallu vaincre une certaine idée de soi, de la vie et des autres. »

– Sam. 15 / 14h-21h > Commémoration Sémira Adamu > Réalisation puis inauguration de la fresque de Dake25 sur le volet du Steki (rencontre avec des dessinateurs et graphistes de la revue 64pages, repas, courts-métrages sur la place et peut-être un micro ouvert).

Jeu. 27 / 19h > Projection (tour de chauffe décolonial) > Résistance naturelle, de Jonathan Nossiter, 2014.
Documentaire artisanal tourné en 5 jours et coupé à la hache. Il nous montre des vignerons italiens atypiques, amoureux de leur terre, et harcelés par l’administration. Ici « l’éthique précède l’éthylique » avec comme question latente: « À quoi sert une écologie environnementale s’il n’y a pas d’écologie culturelle ? « 

– Ven. 28 / 19h-21h > Commémoration Sémira Adamu > Récits et Monuments – papiers pour tous ou personne > Rencontre avec Collect’actif  sur l’histoire du « mouvement sans-papiers », avant et après 2015 à Bruxelles, et sur les rapports de force qui le traversent + Repas + Atelier « Monuments aux morts » avec Tom Nisse.

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