Nos pratiques

QUELQUES DÉFINITIONS

Voici quelques-unes de nos pratiques et références. Elles n’y figurent pas toutes. La liste sera complétée dans les mois qui viennent et évoluera probablement au gré des situations rencontrées. Notre seule exigence: qu’elles ne soient pas prescriptives. Pour le moment il manque encore la CRG et la justice transformatrice… mais aussi tous les savoirs chauds des communautés et groupes croisés au fil de nos rencontres et dont il est impossible ici de rendre la diversité et l’épaisseur.

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Analyse Institutionnelle (AI)

L’analyse institutionnelle est une démarche collective d’analyse des comportements sociaux et des formes sociales, que ce soit à l’échelle d’un groupe ou d’un territoire (leur naissance, évolution, dépérissement et transformation). C’est en comprenant les enjeux et les rapports de force qui caractérisent la situation explorée que l’ensemble des parties prenantes peut la faire évoluer. Pour les comprendre il est nécessaire de mettre en évidence le « non-dit » des réalités se présentant comme allant de soi, d’interroger les zones aveugles de la dynamique sociale: les habitudes et les évidences. Il ne s’agit pas d’une méthode ou d’une discipline théorique, mais bien d’une pratique charpentée par des concepts et des principes.

Le terme «institutionnel», utilisé de manière complètement contre-intuitive par rapport à son sens courant, définit ici une dynamique de formes d’organisation : la forme établie (l’institué) est affectée par ce qui s’oppose à elle (l’instituant), la nouvelle forme qui surgit de cette contradiction (l’institutionnalisation) se stabilise et devient elle-même une forme établie, et ainsi de suite dans une alternance perpétuelle…

Elle partage plusieurs principes avec la recherche-action, comme le refus de l’objectivité comme but, ou la remise en question et l’adaptation du processus de recherche au fur et à mesure de son déroulement.

Son histoire en bref : Georges Lapassade et René Lourau sont à l’origine du terme, mais elle prend naissance dans un courant de sociologie critique autour de 1968, rassemblant notamment des psychosociologues et des pédagogues. Elle se veut l’élargissement de la voie ouverte alors par la psychothérapie institutionnelle et la pédagogie institutionnelle, qui faisaient le constat que l’institution elle-même engendre le mal-être, expérimentant de «soigner l’hôpital avant de soigner les gens», et d’«éduquer l’école» grâce aux élèves. Le but était de redéfinir les relations entre les personnes accueillies, le personnel, l’entourage proche, le réseau plus large… sur une base égalitaire et communautaire (par exemple à l’hopital de Saint-Alban pendant l’occupation, tout le monde s’organisait ensemble pour assurer l’approvisionnement en nourriture du lieu). Lapassade et Loureau reprennent donc ces élaborations théoriques, réalisées notamment par des résistants et militants anti-fascistes comme Tosquelles, ou des chercheurs et penseurs comme Freinet, Oury ou Guattari. Surréalisme, anarchie, autogestion, psychosociologie (Lewin et Moreno) sont autant de référentiels ce cette effervescence post-68. Lapassade et Lourau expérimentent alors un dispositif destiné à produire cette analyse institutionnelle collective en acte: la Socianalyse.

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Socianalyse institutionnelle (SAI)

Ce dispositif se pratique le plus souvent dans des situations de blocages où une crise commence à poindre. Il réunit sur plusieurs jours, généralement sous la forme d’une assemblée, l’ensemble des personnes ayant du savoir et du pouvoir sur la situation, afin de produire elles-mêmes l’analyse, avec le soutien des personnes intervenantes. Ces dernières sont expertes du dispositif, pas de la situation. Elles ne peuvent donc pas faire de prescription au groupe, peuvent proposer quelques hypothèses de lecture au fur et à mesure, et font en sorte que chaque dynamique antagonique puisse s’exprimer et être mise au travail, pour autant que le temps imparti le permette.

Développée de façon plus systématique à la fin du XXe siècle par le CAPP (Centre d’analyse des pratiques professionnelles), les secteurs d’intervention sont sanitaires et sociaux (maisons d’enfants, instituts de travailleurs sociaux, centres éducatifs), les secteurs à risque (hôpitaux, centrales et parc nucléaires), et en lien avec des expériences sociales (agroécologie et santé en milieu rural au Brésil, milieux de l’éducation populaire politique en France et en Belgique). Aujourd’hui elle est aussi pratiquée dans des lieux de vie collectifs. À chaque nouvelle configuration sociale qu’elle explore, la socianalyse s’adapte et se transforme.

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Entraînement Mental (EM)

L’Entraînement Mental est une pratique qui vise à penser et structurer son action dans la complexité. Elle invite à penser collectivement le changement en adoptant un regard dit « dialectique » affranchi des simplifications causes-conséquences, en tenant une vigilance éthique (« être le moins salaud possible ») et en structurant la pensée logique en 4 phases, pour ralentir la course à la solution. À partir d’une “Situation Concrète Insatisfaisante” que l’on peine à transformer malgré des tentatives répétées, en prenant le temps de se représenter la complexité, de formuler les problèmes et de nourrir des explications, l’EM crée progressivement des pistes d’actions à court, moyen et long terme, qui tiennent compte des forces en présence et des moyens à disposition.

L’EM est initiée par Joffre Dumazedier, enseignant et chercheur militant de l’appropriation des connaissances dans le milieu ouvrier, en gardant comme objectif l’autonomie du «sujet social apprenant». C’est à dire qui réfléchit à partir des conditions d’existence de sa vie quotidienne et depuis ses nécessités propres. Il développe l’entraînement mental au sein de l’École des Cadres d’Uriage, une école créée à la demande du gouvernement de Pétain. Chargé des questions sociales et pédagogiques, il fait de cette école un lieu de critique et de subversion au point de former des résistants qui rejoignent les maquis du Vercors pendant la 2nde guerre mondiale. Cette pratique est affinée comme outil de recherche par observation participative, afin de pouvoir prendre rapidement des décisions. Dans l’après-guerre, elle est diffusée comme « formation intellectuelle pratique des cadres militants de la vie associative, coopérative et syndicale », via le mouvement d’éducation populaire Peuple et Culture, puis par le réseau des CREFAD en France.

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