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ATELIER/ Les Damnés de la Terre, de Frantz Fanon
Oct 21 @ 14:30 – 18:30
ATELIER/ Les Damnés de la Terre, de Frantz Fanon

Arpentage > Atelier de lecture collective: « Les damnés de la Terre » de Frantz Fanon (1961).

« La violence qui a présidé à l’arrangement du monde colonial, qui a rythmé inlassablement la destruction des formes sociales indigènes, démoli sans restrictions les systèmes de références de l’économie, les modes d’apparence, d’habillement, sera revendiquée et assumée par le colonisé au moment où, décidant d’être l’histoire en actes, la masse colonisée s’engouffrera dans les villes interdites. Faire sauter le monde colonial est désormais une image d’action très claire, très compréhensible et pouvant être reprise par chacun des individus constituant le peuple colonisé. »

« Le colonialisme et l’impérialisme ne sont pas quitte avec nous quand ils ont retiré de nos territoires leurs drapeaux et leurs forces de police. Pendant des siècles, les capitalistes se sont comportés dans le monde sous-développé comme de véritables criminels de guerre. Les déportations, les massacres, le travail forcé, l’esclavagisme ont été les principaux moyens utilisés par le capitalisme pour augmenter ses réserves d’or et de diamants, ses richesses et pour établir sa puissance. Il y a peu de temps, le nazisme a transformé la totalité de l’Europe en véritable colonie. Les gouvernements des différentes nations européennes ont exigé des réparations et demandé la restitution en argent et en nature des richesses qui leur avaient été volées […]. Pareillement nous disons que les États impérialistes commettraient une grave erreur et une injustice inqualifiable s’ils se contentaient de retirer de notre sol les cohortes militaires, les services administratifs et d’intendance dont c’était la fonction de découvrir des richesses, de les extraire et de les expédier vers les métropoles. La réparation morale de l’indépendance nationale ne nous aveugle pas, ne nous nourrit pas. La richesse des pays impérialistes est aussi notre richesse.[…]

L’Europe est littéralement la création du tiers-monde. »

Frantz Fanon « Les damnés de la Terre »

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À quoi bon redécouvrir, un demi-siècle après les indépendances, cette grande figure de l’anticolonialisme ?

C’est que l’on trouve, chez Fanon, les armes intellectuelles indispensables au combat contre l’idéologie coloniale, partout encore prégnante. La béante fracture entre pays capitalistes développés et périphérie, la mondialisation capitaliste et ses nouvelles formes de domination économique, politique, culturelle, en partie héritées de la colonisation, rendent plus pertinent que jamais l’engagement fanonien contre l’asservissement des peuples. Dans cette Europe qui prétend faire de l’étranger, du sans-papier, de l’immigré, de la « racaille », la source de tous les maux, replonger dans ses œuvres, c’est respirer, puiser le courage de combattre tous les murs, tous les recours identitaires, pour leur substituer un rapport nouveau à l’autre. Dans la préface de Peaux noires, masques blancs, Achille Mbembe explore l’universalité d’une pensée où il n’est question « que de la lutte et du futur qu’il faut ouvrir coûte que coûte ». Fanon n’avait pas d’autre projet que celui de restaurer l’humanité de celui dont elle a été niée.

Hétérodoxe dans son rapport au marxisme, l’auteur des Damnés de la terre refuse de réduire le rapport de domination coloniale à un simple rapport de domination économique : « Aux colonies, l’infrastructure économique est également une superstructure. La cause est conséquence : on est riche parce que blanc et on est blanc parce que riche », écrit-il. Pour lui, la lutte armée pour la libération nationale, dans laquelle la paysannerie doit tenir un rôle central, est proprement révolutionnaire, indissociable du progrès social. Sa pensée de l’émancipation humaine, de la libération des peuples, a longtemps nourri les combats tiers-mondistes et résonne jusqu’à nous comme un appel à ébranler des rapports Nord-Sud, toujours frappés du sceau de la domination et du néocolonialisme.

Méthode de l’arpentage:

– 30′ d’introduction,

– 1h de lecture personnelle d’une partie du livre (1/12ième),

– 2h de débat (partages, questions, échanges),

– 30′ de pause (auberge espagnole pour le goûter).

Maximum 10 participants.

Inscription (et confirmation) par mail via l’adresse du Steki.

 

Publié en 1961, à une époque où la violence coloniale se déchaîne avec la guerre d’Algérie, saisi à de nombreuses reprises lors de sa parution aux Editions François Maspero, le livre Les Damnés de la terre, préfacé par Jean-Paul Sartre, a connu un destin exceptionnel. Divisé en 5 parties (Rôles de la violence politique, de la paysannerie, de la culture et du nationalisme, et prémisses du néo-colonialisme, débuts de la françafrique). Il a servi – et sert encore aujourd’hui – d’inspiration et de référence à des générations de militants anticolonialistes et décoloniaux par ses réflexions sur le colonialisme, le racisme, les dominations et l’universel.

Frantz Omar Fanon est né le 20 juillet 1925, à Fort-de-France, dans cette Martinique toujours officiellement « colonie » française. Le jeune mulâtre fréquente le lycée Victor-Schoelcher, où enseigne Aimé Césaire, lorsque la guerre éclate. Dès 1943, il rejoint les Forces françaises libres. Il est l’un de ces dix mille jeunes Antillais qui s’engagèrent contre le nazisme et combattirent pour la libération de la France. C’est sans doute dans cette expérience fondatrice que prend corps son anticolonialisme. Au cœur même du combat, il se heurte « à la discrimination ethnique, à des nationalismes au petit pied  ». Première désillusion. Son expérience subjective d’homme noir projeté dans un monde blanc sûr de sa suprématie, il en tirera, en 1952, un essai, Peau noire, masques blancs, percutant plaidoyer pour une « authentique désaliénation » des Noirs et des colonisés. Il se place, déjà, par-delà le « cri » de la négritude.

En 1953, Fanon devient médecin-chef à l’hôpital psychiatrique de Blida en Algérie. Sa pratique, son rapport aux patients algériens introduisent une rupture radicale avec les thèses racistes véhiculées par l’École d’Alger, qui tient l’indigène pour un « être primitif » dont la vie est « essentiellement végétative », un « débile hystérique, sujet de surcroît à des impulsions homicides imprévisibles ». Comme Henri Collomb à Dakar, il entreprend de « décoloniser » la psychiatrie en milieu colonial. Mieux que quiconque, il étudie les dégâts de la colonisation et « l’atteinte à l’intégrité de la personne », la « déshumanisation » qui lui sont consubstantielles. Dans ce monde où règne une « ségrégation tranquille », le psychiatre analyse le processus d’infériorisation des indigènes qui charpente l’édifice colonial, il dissèque la relation entre oppresseurs et opprimés, s’interroge sur un « universalisme » confisqué par les puissants. Cela le conduit à faire corps avec la résistance du peuple algérien. Fanon, ambassadeur du gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) en Afrique, sera l’un des plus lumineux défenseurs de la cause de l’Algérie algérienne.

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Oct
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mar
ATELIER/ Labo-fiction de l’Antémonde
Oct 23 @ 19:00 – 22:30
ATELIER/ Labo-fiction de l’Antémonde

« L’atelier de l’Antémonde est un atelier d’imagination dans l’univers du livre Bâtir aussi pour vivre un moment collectif d’expérimentation. Un moment pour prolonger ensemble cette utopie ambiguë et réfléchir comment, des dynamos aux rites funéraires, des lave-linge aux assemblées, nous pourrions construire des mondes sans dominations. »

19h: auberge espagnole

20h: labo-fiction.

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RENCONTRE/ Selim Nadi, sur l’ouvrage C.L.R. James
Oct 29 @ 19:00 – 21:00
RENCONTRE/ Selim Nadi, sur l'ouvrage C.L.R. James

Bruxelles Panthères invite Selim Nadi.

Selim Nadi a écrit la préface du livre « Histoire des révoltes panafricaines » de C.L.R. James qui vient d’être traduit pour la première fois en français.

Ce petit livre de C. L. R. James propose une histoire mondiale de la résistance des Noirs, de Saint-Domingue aux colonies africaines, en passant par les États-Unis et d’autres îles des Antilles.

Révoltes d’esclaves, émeutes, grèves, mouvements millénaristes ou antiracistes : rompant avec le cliché de populations subissant passivement leur exploitation, James souligne la diversité des rébellions, leur constance et leur place centrale dans le monde moderne.

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